La dernière page que je vous ai postée, le scrap vintage, vous a plu, parfois vous me l'avez dit, je ne répéterai jamais assez à quel point cela me fait plaisir, donc une fois encore je vous en remercie. Vous auriez sans doute été plus perplexes si je vous avais montré aussi le dos de cette page...

Explication : je radine le papier ! Plus exactement sur mes pages les superpositions de papiers sont des "faux", évidés dessous, souvent même derrière les photos il n'y a rien. C'est ce que vous pouvez voir ci-dessus, le dos d'une page qui de toute façon disparaîtra dans l'album...

Maintenant le pourquoi de cette "découpite aiguë" : nous vivons dans une société d'abondance, le papier n'échappe pas à la règle. Nous pouvons acheter dans n'importe quelle solderie de jolis motifs imprimés, des textures du monde entier, des feuilles pailletées, embossées, décorées ; chaque semaine nous recevons dans notre boîte aux lettres des prospectus publicitaires par kilos, le carton est disponible par palettes dans les grandes surfaces ; chacun dispose chez soi d'un matériel pour faire ses propres impressions.

Mais il n'en a pas toujours été ainsi. Quand j'étais petite fille je dessinais au dos des affiches, des dépliants ; j'étais au comble du bonheur si l'on m'offrait un bloc de dessin. Quelle opulence, quand je comparais aux lettres que ma grand-mère recevait de son mari pendant la guerre : chaque cm² du papier, y compris les marges, était rempli d'une écriture minuscule, avec des mots longuement pesés et réfléchis pour qu'ils échappent à la censure. Les prisonniers utilisaient un code simple : si le texte était souligné, il fallait comprendre exactement le sens contraire. Ainsi "je mange bien" voulait dire "les rations sont au minimum", et "je suis en bonne santé "signifiait "je ne vais pas bien du tout"...

De cette enfance où le papier représentait un bien si précieux, j'ai gardé des habitudes. Et vous commencez à comprendre l'envers de mes pages... Pas question de gâcher ce beau papier, si pimpant, si délicat (et si cher !). Donc je coupe, je récupère, je ré-emploie... De cette page dont vous ne voyez que les vilaines cicatrices, j'ai détourné trois jolis rectangles, et voilà que l'un d'eux a déjà trouvé son usage : cette semaine une de mes amie est devenue grand-mère pour la première fois, je ne pouvais manquer cette occasion de faire une carte :

Oui, c'est bien ce papier-là, vous pouvez vérifier ! Ça valait bien la peine d'un petit coup de ciseaux, non ?